Huit ans après le premier Palta, la marque de Bassano del Grappa signe une troisième génération qui s’attaque frontalement au grand débat du gravel : peut-on faire un seul vélo pour tout faire ?
Le marché du gravel a grandi vite, trop vite peut-être. En l’espace d’une décennie, ce qui tenait en un seul rayon de magasin s’est scindé en deux familles distinctes : les gravel racers, tendus et effilés, conçus pour gagner des courses ; les gravel explorers, chargés de points de fixation, pensés pour bivouaquer à 200 kilomètres de chez soi. Entre les deux, un vide. Et dans ce vide, la plupart des cyclistes.
Basso l’a bien compris. La marque italienne ne sort pas un troisième Palta pour occuper le terrain, elle sort un troisième Palta parce qu’elle a une thèse à défendre : la dichotomie est fausse.
Un cadre réingénié de fond en comble
La philosophie “Deux âmes. Un vélo. Zéro regret” ne serait qu’un slogan si le cadre ne suivait pas. Ici, il suit. Le mélange de fibres Torayca (70% T800, 20% M40JB, 10% T700) a été recalibré pour jouer sur deux registres simultanément. La rigidité du boîtier de pédalier progresse de 19%, celle du triangle arrière de 12% : on ne perd pas de watts dans les accélérations. Dans le même temps, la rigidité du tube de direction recule de 15%, absorbant mieux les vibrations sur les chemins défoncés. C’est un exercice d’équilibre délicat, et les ingénieurs de Bassano l’ont résolu par la stratification plutôt que par le compromis.
Le profil Kamm tail (aérodynamique en goutte d’eau tronquée) court sur l’ensemble des sections de tubes. Le tube diagonal, spécifiquement retravaillé, affiche une réduction de 18% de surface frontale par rapport au Palta II. Sur une longue étape de gravel à allure soutenue, ce n’est pas négligeable.
Le cadre taille M pointe à 970 grammes. La fourche à 370 grammes. Ce sont des poids de gravel de course, pas d’un vélo à sacoches.
Ce que les haubans racontent
Le détail qui révèle souvent l’identité d’un vélo, c’est rarement le tube diagonal. C’est les haubans. Sur le Palta III, le design coudé caractéristique de Basso est reconduit : cette architecture apporte une flexibilité verticale mesurée tout en préservant la rigidité en torsion. Autrement dit, le vélo encaisse les irrégularités sans ondoyer dans les relances. C’est ce qu’on appelle un compromis réussi, quand il ne se sent pas.
Le système 3B Clamp de deuxième génération, breveté, travaille dans le même sens. Trois vis, une plaque d’acier vulcanisée, une fixation de tige de selle entièrement cachée : l’ensemble filtre les vibrations haute fréquence sans ajouter de poids mort. Sur le papier, c’est une innovation de confort. Sur les chemins de pierres, c’est une différence que les reins enregistrent.
La question du cockpit
Basso propose trois philosophies de cintre, ce qui est à la fois une richesse et un aveu : il n’existe pas de position universelle en gravel. Le Fuga intégré (300 grammes, 370 mm aux tops avec évasement à 400 mm aux cocottes) cible les cyclistes aux épaules étroites et les profils compétition. Le Levita (330 grammes, largeurs de 380 à 440 mm) offre plus de classicisme et de personnalisation. La potence Strato (250 grammes) satisfait ceux qui refusent l’intégration totale et préfèrent un montage traditionnel, associé au cintre carbone gravel avec son évasement de 12°.
Ce choix tripartite dit quelque chose d’important : Basso ne force pas le cycliste dans une seule posture. C’est cohérent avec la promesse du vélo.
Détails qui comptent
Le compartiment de rangement intégré dans le tube diagonal fait son apparition sur la plateforme Palta pour la première fois. Fermé par un loquet magnétique Fidlock avec verrouillage mécanique, il accueille deux sacs internes étanches. C’est fonctionnel, bien exécuté, et ça ne dépare pas la ligne du cadre.
Le dégagement pneus monte à 50 mm à l’arrière, 52 mm à l’avant. Homologation UCI. Roulements de jeu de direction Microtech à huile solide (durée de vie annoncée trois fois supérieure aux roulements classiques). Standard UDH pour la compatibilité avec toutes les transmissions modernes. Les axes traversants affichent 30 grammes à l’avant, 38 à l’arrière.
Côté collaborations, Vibram a développé une protection de tube diagonal en caoutchouc absorbant, reconnaissable à sa texture Diamante et à l’octogone jaune de la marque. Apidura a travaillé une gamme de sacoches spécifiquement adaptées au Palta III (tube supérieur 0,4 litre, petite sacoche de cadre 1,4 litre, grande 2,0 litres), en fixation boulonnée intégrée et tissu Hexagrid soudé. Deux marques italiennes et une britannique qui construisent un écosystème cohérent autour du vélo.
Neuf montages, un cadre
Le Palta III est disponible en neuf configurations complètes, du kit cadre seul à 3 299 euros jusqu’au montage SRAM Red XPLR AXS avec roues Zipp 303 XPLR SW à 8 499 euros. Entre les deux : SRAM Force XPLR, Shimano GRX 820 et GRX 825 Di2, en 1x et 2x, avec roues Microtech Grecale ou MX25, voire Fulcrum Soniq.
Trois coloris : Purple Dust, Carbon Chrome, Galaxy Dream.
Chaque vélo est assemblé sur demande, ce qui est la manière polie de dire que Basso ne fabrique pas en série pour stocker. C’est aussi une promesse de personnalisation réelle sur le cockpit, la tige de selle et les roues.
Ce que ça dit du marché
Le Palta III n’est pas un vélo révolutionnaire. C’est un vélo abouti, construit par une marque qui connaît sa clientèle et ne cherche pas à en changer. La vraie question que pose ce lancement n’est pas technique : c’est de savoir si les cyclistes sont prêts à faire confiance à un seul vélo pour leurs courses de printemps et leurs échappées de l’été.
Basso parie que oui. Avec 7 000 Palta qui roulent déjà dans le monde, la marque a au moins une preuve d’adhésion à offrir.
