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Paul Seixas peut-il gagner le Tour de France ? Ses chances face à Pogačar

Il a 19 ans, une victoire à la Flèche Wallonne, une deuxième place à Liège-Bastogne-Liège, et toute la France derrière lui. Paul Seixas prendra le départ de Barcelone le 4 juillet. Mais entre l’espoir légitime et l’utopie, où se situe vraiment le Lyonnais face au monstre Tadej Pogačar ?

1. Les capacités physiologiques : un moteur exceptionnel, une hiérarchie encore nette

Col et seuil : la capacité à souffrir longtemps

Tenir 6,5 W/kg pendant vingt minutes sur un col alpin, en fin d’étape, après cinq heures de course : c’est l’exigence minimale pour jouer le classement général sur le Tour.

Le FTP de Seixas, mesuré en décembre 2025 à 6,3 W/kg, atteindrait désormais 6,7 W/kg, soit le niveau d’un leader de Grand Tour. Sa VO2max est estimée au-delà de 88 ml/kg/min, des chiffres qui placent un coureur dans le percentile supérieur des grimpeurs de Grand Tour. Ce qui interroge n’est pas le chiffre brut, c’est la façon dont il le produit : en pilotage automatique, sans émotion apparente. Sur le Pays basque, Florian Lipowitz, qui l’avait largement dominé sur le Dauphiné 2025, n’a pas fait le poids face au Français. La progression entre les deux saisons est mesurable et spectaculaire.

En face, Pogačar est capable de développer 448 watts pendant 40 minutes en fin d’étape de montagne, des valeurs qui flirtent avec les limites de la biologie humaine. L’écart s’est réduit. Il n’est pas comblé.

Verdict : Avantage Pogačar, net mais pas abyssal.

Contre-la-montre : coude à coude

Premier Français champion du monde juniors du chrono en 2024, il a ensuite remporté l’exercice au Tour du Pays basque. Pogačar a déjà remporté des contre-la-montre lors de la 13e étape du Tour de France 2025. En 2026, le contre-la-montre de 26km avec une côte de 9,7km à 4,3% mettra pour la première fois les deux coureurs en duel sur cet exercice. La descente très technique pour redescendre sur les rives de lacs Léman pourra faire des écarts. Pogačar aura bien plus à perdre que le Français s’il prend des risques.

Verdict : Equilibré. C’est peut-être là que la bataille se jouera.

PMA et punch : l’explosivité à la Pogačar

La PMA, c’est la cylindrée brute : la puissance maximale tenue sur cinq à six minutes, celle qui permet d’attaquer sec, de créer l’écart sur les cols courts ou les finales explosives. Sur la Redoute à Liège, Pogačar a produit deux pics à 1 020 et 1 055 watts. Seixas a décroché deux fois, avant de revenir à chaque fois dans la roue, une capacité de récupération sous pression que peu de coureurs affichent à 19 ans. Sur les efforts courts de 5 minutes, il progresse, mais ne peut pas encore imposer son rythme face au Slovène sur ce type d’accélération. Actuellement classé 3e à l’index de performance mondiale avec un FTP estimé à 412 watts, troisième mondial à 19 ans, c’est un positionnement qui fait réfléchir. Mais Pogačar reste au-dessus, dans une catégorie qu’il occupe seul depuis trois ans.

Verdict : Avantage Pogačar, net sur le punch. Seixas suit, il n’impose pas encore.

2. L’acclimatation et la gestion de course : la grande inconnue

Trois semaines de Grand Tour, c’est un apprentissage que les données ne peuvent pas anticiper. La gestion de l’alimentation, du sommeil perturbé, de la fatigue cumulée et des variations d’altitude représente un savoir-faire qui s’acquiert sur le terrain, pas sur home-trainer.

Seixas n’a jamais disputé une épreuve de trois semaines. Ce tourbillon a emporté plus d’un aspirant champion. Lui-même est lucide : « Sur la première semaine, je serai sur quelque chose que je connais. Mais les deux dernières semaines seront une inconnue pour moi », a-t-il admis sur RMC. Cette honnêteté dit beaucoup.

Pogačar, lui, a disputé cinq Tours. Il sait exactement quand économiser, quand frapper, comment gérer un mauvais jour sans lâcher de minutes. C’est une science acquise à force de leçons brutales et de victoires forgées dans la durée.

Verdict : Avantage Pogačar, très net. L’inexpérience est le principal risque pour Seixas.

3. La capacité de placement et la lecture de course : un instinct déjà visible

Se trouver au bon endroit avant un col, anticiper une bordure, ne pas se faire piéger dans une chute en première semaine : le placement est une compétence tactique souvent sous-estimée, cruciale sur le Tour.

Seixas a montré un caractère joueur sur le vélo, à la manière d’un Pogačar, attaquant en descente, cherchant l’écart là où les autres administrent. Ce style offensif est une qualité. La gestion de l’énergie sur vingt-et-un jours demande cependant une rigueur que l’instinct spontané peut parfois mettre en danger.

Verdict : Égalité relative sur l’instinct brut. Pogačar reste supérieur dans la lecture stratégique collective.

4. La descente : un domaine où Seixas surprend

La descente est souvent le parent pauvre de l’analyse de classement général, jusqu’au jour où elle fait perdre deux minutes à un contendant. Sur le Tour 2026, avec plusieurs arrivées en altitude après des descentes techniques, ce paramètre compte.

Seixas attaque en descente, ce qui, pour un grimpeur pur, est assez rare. Les directeurs sportifs de Decathlon CMA CGM confirment un coureur à l’aise techniquement sur les routes mouillées et les virages serrés. Pogačar descend vite, avec une témérité calculée. Aucun des deux n’est un peureux en descente.

Verdict : Quasi-égalité. Aucun des deux n’y laissera du temps.

5. L’équipe : le déséquilibre le plus criant

Un Tour de France se gagne à neuf. L’équipe protège le leader des vents, neutralise les attaques adverses, contrôle le peloton, et porte le maillot jaune dans les moments de vulnérabilité.

UAE Team Emirates disposera de l’équipe la plus complète du peloton autour de Pogačar. Adam Yates, Isaac del Toro, Brandon McNulty : une armada rodée, capable de rouler à 50 km/h pendant quarante minutes en altitude. Du côté de Decathlon CMA CGM, le budget est passé de 28 à 40-45 millions d’euros grâce à l’arrivée de CMA CGM. La progression est réelle. Mais la maturité collective d’une équipe ne se rachète pas en un seul hiver. Seixas a demandé des garanties sur la composition de son équipe autour de lui, signe qu’il mesure l’importance du soutien humain.

Verdict : Avantage Pogačar, massif. C’est le fossé le plus difficile à combler en juillet.

6. Le matériel : une différence qui s’est réduite

Sur le plan matériel, le peloton WorldTour s’est homogénéisé. Cadres carbone ultra-rigides, roues profilées, groupes électroniques : tous les grands contendants disposent d’un outil au niveau.

Decathlon, équipementier intégré au nom de l’équipe, apporte une dimension supplémentaire : la proximité entre la marque, les ingénieurs et le coureur permet des ajustements fins sur la position en chrono, le choix des roues selon les profils d’étapes. UAE Team Emirates, avec le soutien de Colnago et Campagnolo, est elle aussi au sommet de la technologie disponible.

Verdict : Quasi-égalité. Le matériel n’est pas le facteur discriminant entre ces deux coureurs.

7. La réussite et la loterie du Tour : là où tout peut basculer

Il n’existe pas de Tour de France sans part d’imprévu. Une chute, une journée de fièvre, un coup de fringale à cinq kilomètres du sommet : même les plus forts ont chuté pour des raisons extérieures à leurs qualités sportives. Remco Evenepoel a abandonné le Critérium du Dauphiné sur chute, balayé avant même juillet. Pogačar lui-même a admis avoir ressenti une certaine fatigue lors du Tour 2025. Personne n’est invulnérable.

Pour Seixas, la réussite joue dans les deux sens. Il peut bénéficier d’une course ouverte, d’un Pogačar affaibli, d’étapes qui lui conviennent particulièrement. Il peut aussi payer le prix de son inexpérience au pire moment.

Verdict : Équilibre, par définition. Mais l’expérience de Pogačar lui permet de mieux gérer l’adversité quand elle survient.

Bilan global : un espoir légitime, une victoire prématurée

CritèreSeixasPogačar
Col / seuilTrès haut niveau (6,7 W/kg)Hors-catégorie
Contre-la-montreHaut niveauHaut niveau
PMA / punchEn progressionRéférentiel absolu
Acclimatation 3 semainesInconnueMaîtrisée
Placement / lectureInstinct prometteurScience forgée
DescenteÀ l’aiseRéférentiel
ÉquipeEn constructionArmada complète
MatérielExcellentExcellent
RéussiteImprévisibleImprévisible

Le tableau est clair et il serait malhonnête de le travestir. Pogačar est un ovni cycliste, un coureur qui a réinventé les codes du Tour de France en attaquant là où les autres administrent. Le battre en juillet 2026, à 19 ans, sans jamais avoir disputé un Grand Tour, relève du conte de fées plus que de la projection réaliste.

Et pourtant. Seixas lui-même dit qu’il y va « pour jouer le général » et qu’il va « essayer de le titiller ». « Il n’y a pas d’échec potentiel. Je n’aurais rien à me faire pardonner », a-t-il ajouté, avec une lucidité qui force le respect. Ce n’est pas de l’arrogance. C’est la seule posture possible pour un coureur de son calibre.

Son directeur général Dominique Serieys résume l’ambition : « Il figure déjà parmi les meilleurs coureurs du monde. Et les meilleurs ont vocation à être alignés sur la plus grande course du calendrier. »

La victoire finale à Barcelone appartient sans doute encore à Pogačar. Mais un podium, un maillot blanc qui tient jusqu’au bout, une étape arrachée dans les Alpes : ce Tour pourrait être le vrai début d’une histoire. Celle du premier Français à soulever le trophée depuis Hinault, pas en 2026 peut-être, mais bientôt.