À moins d’un mois du Grand Départ de Barcelone, le scénario est inhabituel. Les principaux prétendants au maillot jaune ne se croiseront quasiment pas avant le Tour de France. Là où le Critérium du Dauphiné – devenu cette année le Tour Auvergne-Rhône-Alpes – servait traditionnellement de répétition générale, l’édition 2026 marque une rupture.
Tadej Pogačar, Jonas Vingegaard, Remco Evenepoel et Paul Seixas ont choisi des trajectoires radicalement différentes. Certains cherchent encore du rythme, d’autres misent sur la récupération ou l’entraînement. Cette dispersion rend toute hiérarchie difficile à établir avant le 4 juillet.
Au-delà du Tour, leurs programmes de fin de saison dessinent également des objectifs distincts.
Pogačar : un dernier test suisse avant le grand objectif
Pour la première fois de sa carrière, Tadej Pogačar a choisi le Tour de Suisse comme ultime course par étapes avant le Tour de France.
L’épreuve se déroulera du 17 au 21 juin sur un format réduit de cinq étapes seulement. Le parcours comprend trois étapes vallonnées, un contre-la-montre individuel de 23,7 km à Aarburg et une arrivée finale en altitude à Villars-sur-Ollon. Au total, les coureurs parcourront environ 634 km avec près de 12 000 mètres de dénivelé positif.
Ce choix reflète parfaitement la stratégie de l’équipe UAE Team Emirates-XRG : accumuler suffisamment d’intensité sans reproduire les efforts d’un Grand Tour. Après avoir déjà disputé le Tour de Romandie au printemps, Pogačar utilisera la Suisse comme laboratoire grandeur nature pour valider sa condition physique, son matériel et ses automatismes collectifs.
Le Slovène devrait ensuite observer une courte période de récupération avant un stage en altitude final avant Barcelone.
Son programme probable jusqu’à la fin de saison
Si l’on se fie à sa gestion habituelle des dernières années, le calendrier de Pogačar devrait s’articuler autour :
- Tour de Suisse (17-21 juin)
- Tour de France (4-26 juillet)
- préparation spécifique en août
- Championnats du monde au Rwanda en septembre
- classiques italiennes d’automne
- Il Lombardia en octobre
Le Tour de France demeure toutefois l’objectif central de toute sa saison.
Vingegaard : le pari du Giro-Tour
Jonas Vingegaard est celui qui a choisi la voie la plus atypique parmi les favoris.
Le Danois vient de remporter le Giro d’Italia 2026 avec plus de cinq minutes d’avance sur ses poursuivants, devenant ainsi l’un des rares coureurs de l’histoire à avoir gagné les trois Grands Tours.
Son Giro a représenté :
- 3 466 km de course ;
- près de 49 150 mètres de dénivelé ;
- trois semaines d’efforts de très haut niveau.
Contrairement à Pogačar, Vingegaard ne disputera aucune autre course avant le Tour de France. Son équipe considère que le Giro constitue déjà une préparation suffisante.
Cette stratégie s’inspire directement de celle employée par Pogačar en 2024 lorsqu’il avait réalisé le doublé Giro-Tour. La question demeure néanmoins ouverte : peut-on conserver un pic de forme pendant près de deux mois après un Grand Tour aussi exigeant ?
Son programme probable jusqu’à la fin de saison
Après le Tour de France, plusieurs scénarios existent :
- repos prolongé en août ;
- éventuelle participation aux Championnats du monde ;
- possible présence sur certaines classiques italiennes ;
- saison potentiellement écourtée après un premier semestre particulièrement chargé.
Le Giro était un objectif majeur de sa carrière et pourrait l’inciter à gérer plus prudemment la seconde partie de saison.
Evenepoel : le pari de la fraîcheur absolue
Remco Evenepoel suit une trajectoire encore plus singulière.
Depuis sa troisième place sur Liège-Bastogne-Liège fin avril, le Belge n’a plus accroché un dossard. Son équipe Red Bull-BORA-hansgrohe a confirmé qu’il n’effectuerait aucune course jusqu’au départ du Tour de France, soit 69 jours sans compétition.
Cette décision a été prise en concertation avec son nouvel encadrement, notamment Tim Heemskerk, ancien architecte des succès de Vingegaard chez Visma-Lease a Bike.
Le raisonnement est simple :
- éviter la fatigue accumulée ;
- privilégier les blocs d’entraînement spécifiques ;
- arriver au Tour avec une fraîcheur maximale.
Les données d’entraînement publiées sur Strava montrent néanmoins des sorties de plusieurs heures en montagne et des charges de travail particulièrement importantes.
Le risque est évident : manquer de rythme de compétition face à des adversaires qui auront déjà disputé plusieurs courses majeures.
Son programme probable jusqu’à la fin de saison
Le Tour de France représente l’objectif numéro un de son année.
La suite devrait logiquement inclure :
- Championnats du monde ;
- Championnats d’Europe ;
- courses d’une semaine en fin de saison ;
- éventuellement Il Lombardia selon son état de fraîcheur.
Son équipe semble désormais construire sa saison entièrement autour du classement général du Tour.
Seixas : l’apprentissage accéléré
À seulement 19 ans, Paul Seixas est le seul membre du quatuor à s’exposer avant juillet.
Le leader de Decathlon-CMA CGM arrive sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes après un imposant bloc d’entraînement en altitude. Selon les données partagées autour de son stage, il a accumulé près de 1 900 kilomètres et plus de 47 000 mètres de dénivelé au cours de sa préparation récente.
Le Tour Auvergne-Rhône-Alpes (7-14 juin) constitue son dernier test avant le Tour de France. Le parcours comprend huit étapes, dont plusieurs arrivées en montagne majeures au Grand Colombier et au Plateau de Solaison.
Face à lui :
- Isaac del Toro ;
- Juan Ayuso ;
- Matteo Jorgenson ;
- plusieurs candidats au top 10 du Tour.
Une victoire renforcerait encore davantage les attentes qui l’entourent. Un résultat plus modeste n’aurait probablement rien d’alarmant compte tenu de son âge.
Son programme probable jusqu’à la fin de saison
L’équipe française reste prudente.
Après le Tour de France, plusieurs options sont envisageables :
- Tour de Pologne ;
- Renewi Tour ;
- Championnats du monde ;
- classiques italiennes ;
- éventuelle participation à une grande course d’automne.
La priorité demeure son développement à long terme davantage qu’un empilement de courses.
Quatre stratégies, une seule réponse
Ce mois de juin illustre l’évolution du cyclisme moderne. Il n’existe plus une seule manière de préparer le Tour de France.
Pogačar recherche un dernier test de compétition en Suisse. Vingegaard mise sur l’accumulation de kilomètres de course après son Giro victorieux. Evenepoel privilégie une préparation entièrement contrôlée sans compétition. Seixas, lui, continue d’apprendre au plus haut niveau en multipliant les confrontations.
Le 4 juillet à Barcelone, ces quatre approches différentes se retrouveront enfin sur la même ligne de départ.
Et comme souvent dans l’histoire du Tour de France, il est possible qu’aucune préparation ne soit parfaite.
FAQ
Pourquoi Pogačar dispute-t-il le Tour de Suisse ?
Le Slovène utilise cette course comme dernier test avant le Tour de France. Le format réduit à cinq étapes lui permet d’acquérir du rythme sans accumuler la fatigue d’une course plus longue.
Jonas Vingegaard peut-il gagner le Tour après le Giro ?
Oui. Tadej Pogačar a réussi le doublé Giro-Tour en 2024. La difficulté réside dans la capacité à maintenir un niveau de forme élevé pendant près de deux mois.
Pourquoi Evenepoel ne court-il plus avant le Tour ?
Son équipe a choisi une préparation basée sur l’entraînement spécifique et la récupération. L’objectif est d’arriver au départ avec une fraîcheur maximale.
Paul Seixas vise-t-il la victoire sur le Tour de France 2026 ?
À 19 ans, son objectif principal semble être l’apprentissage et l’acquisition d’expérience. Un classement général ambitieux reste envisageable, mais son développement à long terme demeure la priorité.
Quel favori aura le plus couru avant le Tour ?
Vingegaard sera celui qui aura accumulé le plus de jours de course grâce à sa participation et sa victoire sur le Giro d’Italia 2026.
