Le cyclisme professionnel pourrait entrer dans une nouvelle phase de la lutte antidopage. L’International Testing Agency (ITA) a annoncé le lancement d’une étude pilote de deux ans visant à évaluer si les données de puissance des coureurs peuvent devenir un outil complémentaire aux contrôles antidopage traditionnels.
Au total, 60 coureurs WorldTour ont accepté de participer volontairement à ce programme de recherche, qui pourrait, à terme, déboucher sur une évolution réglementaire portée par l’UCI.
Un principe inspiré du passeport biologique
Depuis plus de quinze ans, le cyclisme s’appuie sur le Passeport Biologique de l’Athlète (ABP) pour surveiller les variations anormales des paramètres sanguins et détecter indirectement d’éventuelles pratiques dopantes.
L’idée désormais étudiée est similaire : créer une forme de « passeport de puissance », basé sur les données générées quotidiennement par les capteurs de puissance utilisés à l’entraînement et en compétition.
L’objectif ne serait pas de sanctionner directement un coureur sur la base de ses watts, mais d’identifier des évolutions de performance inhabituelles pouvant orienter :
- les contrôles ciblés ;
- la conservation d’échantillons ;
- des analyses complémentaires ;
- l’ouverture d’investigations.
Selon l’ITA, la puissance est devenue l’un des indicateurs les plus suivis dans le cyclisme moderne, mais son utilisation dans l’antidopage reste encore peu explorée.
Plusieurs équipes WorldTour déjà impliquées
L’ITA a confirmé que plusieurs formations ont accepté de participer au projet :
- Team Visma | Lease a Bike
- Team Picnic PostNL
- Team Jayco AlUla
- Decathlon AG2R La Mondiale Team
- Cofidis
Des discussions seraient également en cours avec d’autres structures du peloton.
Le projet scientifique est conduit avec le soutien de :
- International Testing Agency ;
- University of Kent ;
- University College London.
Une étude en deux étapes
Le programme se déroulera sur deux années.
1. Analyse rétrospective
La première phase consiste à exploiter des données historiques afin de déterminer si un modèle fiable de suivi longitudinal peut être construit.
L’objectif est de répondre à plusieurs questions :
- Les données de puissance sont-elles suffisamment précises ?
- Peut-on distinguer progression normale et anomalie ?
- Existe-t-il des signatures statistiques pertinentes ?
2. Mise en œuvre pilote
Si les résultats scientifiques sont jugés suffisamment solides, une deuxième phase utilisera des données de saison en cours pour tester le dispositif dans des conditions réelles.
À ce stade, il ne s’agira toujours pas d’un système disciplinaire.
Un sujet déjà très controversé
L’annonce relance un débat ancien dans le peloton.
Parmi les critiques les plus visibles figure Alex Carera, qui a qualifié cette approche de charge supplémentaire inutile pour les coureurs.
De son côté, Adam Hansen a exprimé des réserves plus larges sur :
- la propriété des données ;
- les obligations futures ;
- la fiabilité des capteurs ;
- les problèmes techniques potentiels.
L’une des questions centrales reste : que se passerait-il si le partage devenait obligatoire ?
Un capteur défaillant, une batterie vide ou des données incomplètes pourraient-ils entraîner des soupçons injustifiés ?
L’UCI envisage déjà une évolution réglementaire
L’élément le plus marquant est que l’UCI soutient financièrement l’étude.
L’ITA indique que si le projet est validé scientifiquement puis approuvé par les instances de gouvernance, le règlement pourrait évoluer pour rendre obligatoire le partage des données individuelles de puissance pour les coureurs professionnels masculins sur route.
Ce serait une transformation importante dans un sport où les données de performance sont devenues un actif stratégique pour les équipes.
Vers une nouvelle génération d’antidopage ?
Le cyclisme a historiquement souvent servi de laboratoire pour les outils antidopage avant leur diffusion à d’autres disciplines.
Si l’approche fonctionne, elle pourrait également intéresser :
- le triathlon ;
- certains sports d’endurance ;
- des disciplines utilisant déjà massivement les capteurs de performance.
Pour l’instant, le projet reste expérimental. Mais avec le Tour de France 2026 qui approche, le débat sur les watts, la transparence et les limites de la surveillance sportive devrait rapidement prendre de l’ampleur.
FAQ
Qu’est-ce qu’un passeport de puissance ?
Un système de suivi des performances basé sur les données de puissance produites par les capteurs des coureurs afin d’identifier des évolutions inhabituelles.
Les données de puissance permettront-elles de sanctionner directement un coureur ?
Non. L’étude actuelle vise uniquement à voir si elles peuvent aider à orienter les contrôles et enquêtes.
Combien de coureurs participent au projet ?
L’ITA indique que 60 coureurs WorldTour ont donné leur accord.
Les données seront-elles obligatoires ?
Pas pour le moment. Une obligation réglementaire n’est envisagée qu’en cas de validation scientifique et institutionnelle.
Pourquoi ce sujet suscite-t-il des critiques ?
Principalement pour des raisons de confidentialité, de propriété des données, de fiabilité des capteurs et du risque de surveillance accrue des athlètes.
