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Vingegaard peut-il gagner le Tour de France 2026 ? Ses watts du Giro face à Pogacar

Au sortir d’un Giro d’Italia dominé de la tête aux épaules, le Danois de Visma-Lease a Bike affiche des données de puissance qui se rapprochent des niveaux stratosphériques de Tadej Pogačar. Six semaines avant le Grand Départ de Barcelone, la question n’est plus théorique.

6,77 watts par kilo. Pour trente minutes.

Sur les flancs du Carì, lors de l’étape 16 du Giro d’Italia 2026, Jonas Vingegaard a produit une attaque de climber qui mérite qu’on s’y attarde. Selon l’analyste de données Na1chaca, référence sur les estimations de puissance dans le peloton professionnel, le Danois a délivré environ 6,77 W/kg sur une demi-heure d’effort. À 58 kilogrammes, cela représente grosso modo 395 watts maintenus trente minutes sans discontinuer. Un chiffre qui ne parle peut-être pas à tout le monde, mais qui fait frémir les directeurs sportifs.

Ce n’est pas un coup de chaud sur une journée de grâce. C’est une tendance.

Une montée en puissance calculée

Huit jours plus tôt, sur Blockhaus lors de l’étape 7, Vingegaard avait gagné sans convaincre. Na1chaca l’estimait alors à 6,35 W/kg sur 37 minutes, une performance solide mais qui laissait un goût d’inachevé. Le coureur lui-même semblait tâtonner, retrouver ses marques dans un grand tour après deux saisons perturbées par les séquelles de sa terrible chute à l’Itzulia en avril 2024.

Depuis, il a remporté les quatre arrivées au sommet du Giro 2026. Quatre sur quatre. Et les écarts se creusent.

“Je pense que le crash de l’Itzulia m’a mis en retrait plus que je ne le pensais initialement. Il m’a fallu plus ou moins deux ans pour retrouver le même niveau qu’avant”, a-t-il reconnu au sommet du Carì. Puis, avec cette sobriété nordique caractéristique : “Peut-être que je suis même meilleur que jamais.”

Le spectre de Beille 2024

Pour mesurer ce que ces mots impliquent, il faut remonter au 14 juillet 2024 sur le Plateau de Beille. Ce jour-là, Tadej Pogačar avait signé ce que les analystes considèrent comme l’une des montées les plus puissantes jamais enregistrées dans un Tour de France : 7,0 W/kg sur 39 minutes. Une démonstration qui avait sonné le glas de toute résistance collective dans la course.

Vingegaard, sur le Carì, est à 6,77 W/kg sur 30 minutes. L’écart existe encore, mais il se resserre. Et surtout, le Danois court un Giro d’Italia, pas le Tour. Son pic de forme, par construction, n’est pas encore atteint.

C’est là qu’intervient le pari de Visma-Lease a Bike.

Le Giro comme camp d’entraînement de luxe

Quand l’équipe néerlandaise a annoncé en début de saison que Vingegaard courrait le Giro avant le Tour, les sceptiques ont évoqué une gestion de la pression, voire un aveu de faiblesse face à Pogačar. La réalité est plus tactique.

Vingegaard a montré lors des saisons précédentes qu’il progresse avec la charge de course. En 2023, il avait survolé le Tour, puis signé une Vuelta de haute volée quelques semaines plus tard, affichant des données de puissance totale supérieures à celles de juillet. L’équipe dispose de ses propres “performance gurus”, comme il les appelle, et la conviction profonde que les semaines de compétition à haute intensité lui permettent d’atteindre un état de forme introuvable sur un simple stage race.

“Je pense que j’ai aussi évolué, j’ai progressé ici au Giro. C’était tout le plan, puis essayer de faire un pas de plus après le Giro”, a-t-il expliqué mardi soir. Le discours est rodé, mais les données le corroborent.

Six semaines pour calibrer le pic

Entre Rome dimanche et le Grand Départ de Barcelone, il reste environ six semaines. Pour Pogačar, qui a lui aussi rodé sa saison sur des courses de préparation ciblées, la fenêtre est similaire. Le Slovène ne sera pas en manque de références : il a remporté son quatrième maillot jaune l’été dernier sur des valeurs encore supérieures à celles de 2024, repoussant chaque année les limites physiologiques connues.

La nuance que Vingegaard lui-même introduit mérite attention : “Le cyclisme a évolué pendant ce temps.” Sous-entendu, le niveau général du peloton a progressé, les méthodes d’entraînement se sont affinées, et un 6,77 W/kg en 2026 ne vaut peut-être pas exactement le même 6,77 W/kg qu’en 2022. La comparaison brute de watts est un outil, pas un verdict.

Alors, Vingegaard peut-il gagner face à Pogacar sur le Tour 2026 ?

Il y a deux ans, la réponse semblait acquise d’avance dans un sens. Aujourd’hui, elle l’est beaucoup moins.

Vingegaard arrive au Tour avec un Giro gagné, un moral visiblement reconstitué et une équipe Visma-Lease a Bike qui n’a pas eu l’air de se désintégrer malgré les défis des dernières saisons. Il a retrouvé la faculté de frapper en course, pas seulement de contrôler.

Pogačar, lui, reste l’étalon. Il court depuis 2024 à un niveau que le cyclisme n’avait pas vu depuis une génération, peut-être plus. Il n’a pas de signe de faiblesse visible.

Mais c’est précisément pour ça que le Tour de France 2026 commence à ressembler à quelque chose qu’on attendait depuis longtemps : un duel à armes presque égales.

Presque.