Le capteur de puissance a transformé la pratique du cyclisme. Aujourd’hui, beaucoup de cyclistes connaissent leur FTP, surveillent leurs zones d’effort et analysent leurs sorties au watt près. Mais une question reste rarement mesurée : parmi tous les watts produits, combien servent réellement à avancer ?
C’est précisément le sujet auquel s’attaque la startup française Aeroscale avec son nouveau Wasted Watts Tracker, présenté sur Kickstarter.
L’idée est simple sur le papier : mesurer non pas uniquement la puissance développée par le cycliste, mais la part de cette énergie qui se perd en roulant. Résistance de l’air, roulement, transmission, micro-variations du terrain… autant d’éléments qui consomment des watts sans forcément augmenter la vitesse.
Et si la promesse est tenue, cela pourrait rendre l’optimisation aérodynamique beaucoup plus accessible qu’aujourd’hui.
Une soufflerie… mais sur route ouverte

Jusqu’à présent, mesurer précisément son aérodynamisme demandait souvent des moyens lourds : séance en soufflerie, tests en vélodrome ou longues sessions d’analyse avec protocoles spécifiques.
Le Wasted Watts Tracker cherche à déplacer cette logique directement sur le terrain.
Le système repose sur deux modules installés sur le vélo. À l’arrière, un capteur central récupère les données de puissance, mesure très précisément la vitesse de rotation de la roue et utilise un GPS RTK pour obtenir des variations d’altitude extrêmement fines. À l’avant, un tube de Pitot mesure la vitesse réelle de l’air.
Ce dernier point est essentiel : rouler à 40 km/h avec vent arrière n’a rien à voir avec rouler à 40 km/h face au vent. En mesurant simultanément la vitesse du vélo et celle de l’air, Aeroscale cherche à isoler ce qui relève réellement du cycliste et de son matériel.
L’entreprise annonce une précision inférieure à un watt sur ses calculs. Une affirmation ambitieuse qui demandera forcément des validations indépendantes, mais qui donne une idée du niveau d’ambition du projet.
Mesurer les watts perdus plutôt que chercher les watts gagnés

Ce qui rend ce produit intéressant, ce n’est pas seulement la technologie. C’est surtout le changement de logique.
Depuis des années, le cycliste cherche à produire davantage : plus de puissance, plus d’entraînement, plus d’intensité.
Mais à partir d’un certain niveau, le gain le plus accessible consiste parfois à perdre moins d’énergie.
Un changement de position peut économiser plusieurs watts sans augmenter l’effort. Une meilleure tenue peut réduire la traînée. Une pression de pneus plus adaptée peut améliorer le rendement. Une transmission propre peut limiter les pertes mécaniques.
Le Wasted Watts Tracker veut rendre ces gains visibles immédiatement pendant la sortie, sans attendre l’analyse au retour.
Comment améliorer son aérodynamisme ? Une piste de progression pour tous les amateurs
C’est probablement là que le sujet devient intéressant au-delà du produit lui-même.
L’aérodynamique reste souvent perçue comme un domaine réservé aux professionnels ou aux triathlètes équipés de vélos de contre-la-montre. Pourtant, dès que la vitesse augmente, elle devient le principal frein à la performance.
À partir d’environ 30 km/h sur terrain plat, une grande partie de l’énergie produite sert simplement à déplacer l’air.
Et contrairement aux idées reçues, le plus gros levier n’est généralement pas le matériel.
La position du cycliste reste souvent le premier facteur d’amélioration. Baisser légèrement la tête, rapprocher les épaules, stabiliser le haut du corps ou apprendre à maintenir une posture efficace longtemps peut produire davantage de gains qu’un changement de roues.
Viennent ensuite les détails qui s’accumulent : vêtements plus ajustés, pneus adaptés, optimisation du poste de pilotage ou réduction des mouvements inutiles.
Le véritable défi n’est pas seulement d’adopter une position plus rapide pendant trente secondes pour une photo. C’est de pouvoir conserver cette efficacité après deux heures d’effort tout en continuant à produire de la puissance.
C’est aussi pour cela que les outils de mesure en conditions réelles deviennent intéressants : ils permettent potentiellement d’apprendre ce que « rapide » signifie pour chaque cycliste.
Un produit très spécialisé… mais révélateur d’une tendance

Avec un prix de lancement annoncé à 1 899 dollars sur Kickstarter, puis 2 499 dollars en tarif public, Aeroscale ne vise clairement pas le grand public.
Le système s’adresse plutôt aux triathlètes, aux spécialistes du contre-la-montre, aux bike fitters ou aux passionnés de données.
Mais au-delà du produit lui-même, il montre une évolution du cyclisme moderne : après avoir appris à mesurer l’effort, l’étape suivante consiste peut-être à mesurer l’efficacité.
Parce qu’au final, le chiffre qui compte n’est pas toujours celui que vous produisez.
C’est parfois celui que vous évitez de perdre.
FAQ
Qu’est-ce qu’un watt perdu ?
C’est une partie de l’énergie produite qui est absorbée par l’aérodynamique, le roulement ou les pertes mécaniques plutôt que transformée en vitesse.
L’aérodynamique est-elle utile pour un amateur ?
Oui, surtout dès que la vitesse augmente. Même sans rouler très vite, une position plus efficace peut améliorer le confort et réduire la fatigue.
Le matériel est-il le premier levier pour aller plus vite ?
Pas forcément. La position du cycliste reste généralement le facteur ayant le plus d’impact.
Peut-on améliorer son aéro sans équipement coûteux ?
Oui : travailler sa posture, stabiliser le haut du corps, ajuster sa tenue et optimiser la pression des pneus sont souvent les premières étapes.
Ce système remplace-t-il une soufflerie ?
Non. Il cherche plutôt à proposer des mesures exploitables directement sur route, dans des conditions réelles.
